Respiration

1. Importance de la respiration

2. Quelques exercices de respiration

3. Katas respiratoires

4. Respiration martiale

5. Concepts et mots clefs en lien avec la respiration

6. Contrôle de la respiration et de l’esprit par Masutatsu Oyama - La Voie Kyokushin

1. Importance de la respiration

La respiration est un aspect fondamentale de la production d’énergie dans les Arts Martiaux, et dans le Karate en particulier. Dans ce dossier, vous allez découvrir pourquoi la respiration est essentielle, quels sont les types de respiration, quelques exercices qui vont vous permettre de développer votre respiration ainsi que le lien vers les Katas respiratoires les plus célèbres. Vous trouverez une synthèse de toutes nos définitions en lien avec la respiration.

Enfin, nous avons reproduit l’excellent texte de Sosai Masutatsu Oyama sur le contrôle de la respiration et de l’esprit.

Commençons par cet extrait sur la respiration du site très intéressant: Mawashi-Ryu de Franck et Lydia Leger

"Elément fondamental de l’Art du Ventre et de toute pratique Martiale, la respiration influence directement aussi bien le physique que le psychique. Mal respirer est un handicap majeur pour progresser ainsi que pour la vie quotidienne et la santé. Le facteur qui perturbe le plus la respiration est le stress, mais réciproquement, une respiration juste, lente, profonde et calme est un excellent moyen de le surmonter.

L’Art du Ventre est intimement lié à la respiration abdomino-diaphragmatique, c’est-à-dire une respiration basse basée sur l’utilisation du diaphragme.

LE DIAPHRAGME
De tous les muscles qui participent à la respiration, le diaphragme en est le plus important. Divisant le tronc en deux à la hauteur des côtes inférieures, il limite le volume pulmonaire, par le bas, et le volume abdominal, par le haut. Son mouvement, descendant au cours de l’inspiration puis ascendant au cours de l’expiration, réalise un véritable" massage interne".
Comparable à une coupole qui élève et abaisse le sommet de son dôme, il se contracte pendant l’inspiration, et le sommet de sa coupole descend.
Au cours de l’expiration, il est passif, remontant sous l’effet de l’élasticité des poumons et de l’action des muscles du ventre.
Le mouvement des côtes prolonge son action. Elles sont animées d’un mouvement coordonné qui contribue secondairement à l’augmentation du volume thoracique. Cette alternance rythmée est le mécanisme de la respiration.
Il faut donc se concentrer régulièrement sur le travail du diaphragme et la ventilation costale basse.

RELAXATION
Pour que la respiration puisse se faire correctement il faut que le volume abdominal soit libre et détendu car toute tension abdominale superflue réduit la respiration puisqu’elle s’oppose à l’action du diaphragme. Les tensions musculaires ont un rôle néfaste dans la respiration, en gênant ou en bloquant le mouvement des muscles concernés. Il est donc important que les épaules, le haut de la poitrine et les muscles de l’estomac soient détendus pour permettre au diaphragme et aux muscles du bas de la cage thoracique de poursuivre l’action automatique de la respiration. Le corps pourra ainsi continuellement ajuster le volume et le rythme nécessaire pour faire face à ses besoins.
En accédant à un état de relaxation on peut sentir le mouvement de la respiration et, avec la pratique, identifier les tensions qui l’entravent de manière à pouvoir les relâcher. Ainsi, peu à peu, la respiration retrouve sa souplesse, son amplitude, sa liberté et sa régularité, sans que le mouvement ne soit forcé.
Une pratique régulière renforce nettement la conscience du corps. Ainsi, on percevra plus vite l’effet que les événements ou les personnes produisent sur lui.

PREPARATION
Pour respirer correctement il faut, lors du travail de préparation physique ouvrir la cage thoracique par un travail gymnique des membres supérieurs : Etirements des pectoraux, mobilisation de la ceinture scapulaire et de la cage thoracique. Assouplir les muscles postérieurs pour libérer le diaphragme et améliorer la posture.

LA PRATIQUE
Couché sur le dos, placez une main sur le ventre, au niveau du nombril. Commencez à inspirer par le nez en visualisant la descente du diaphragme dans l’abdomen, puis laissez votre cage thoracique s’ouvrir sans que votre dos ne décolle du plancher. Expirez ensuite lentement par la bouche en pinçant doucement les lèvres. Concentrez-vous sur les régions thoraciques et abdominales, prenez conscience du mouvement du ventre. Ne vous laissez pas distraire par des pensées vagabondes. Essayez de faire l’exercice en relâchant les muscles du dos et des épaules. Recommencez 5 fois par jours, pendant 2 semaines.
Ensuite, pratiquez la respiration diaphragmatique assis puis debout, et enfin au cours de la marche en sentant l’action du diaphragme.
Dans la pratique, pour avoir une respiration juste et efficace, il faudra que la posture soit stable avec le bassin correctement placé et que l’on soit à la fois relaxé et à l’écoute de son corps."

2. Quelques exercices de respiration

Quelques bons exercices de respiration pour le Karate:

3. Katas respiratoires

En kyokushinkai :
Sanchin
Tensho

En Shotokan:
Hangetsu

4. Respiration martiale

Vous pouvez visiter l’excellent blog de Céline Sempai et découvrir ses conseils pour les techniques respiratoires

1. Respiration abdominale
2. Respiration à trois niveaux
3. Respiration de récupération
4. Respiration calmante

5. Concepts et mots clefs en lien avec la respiration

Voici quelques définitions et mots de notre site en lien avec la respiration

Tanden Tanden

Respiration avec le bas de l’abdomen, zone située près du nombril

Kokyu Kokyu

Respiration

Kokyu Ho Kokyu Ho

Techniques de respiration:

Ki Ki  Energie Energie

Le Ki (Chi ou Qi en chinois) représente l’énergie vitale. Le Ki est au cœur de tous les arts martiaux. C’est la concentration par le mental de l’énergie de l’univers. Elle permet de dépasser les limites de l’énergie d’un corps non entraîné à ce niveau de concentration et de force mentale. Cette vidéo du National Geographic est une très belle présentation du Chi du Maître Wang, maître Shaolin.

Pour le maître zen Deshimaru : " Le Ki existe dans le tréfonds de l’énergie physique. C’est l’existence qui crée l’énergie, c’est le mouvement du mouvement. Ki est toujours mouvement, mouvance : le flux impalpable de la vie. L’énergie proprement dite est une forme mise en action par le Ki. Qu’est ce qui fait bouger le sang dans nos veines, les influx nerveux, les mouvements des intestins ? Le Ki mouvant, qui crée le mouvement de la vie. Alors, coincider avec Ki signifie ne faire qu’un avec cette énergie fondamentale. Lorsqu’un pianiste sait très bien jouer du piano, c’est son Ki qui finit par jouer et se servir inconsciemment de la technique apprise.

Certaines personnes ont un Ki fort, d’autres un Ki faible. C’est leur façon de transformer l’énergie vitale qui diffère. Tant qu’on vit, il reste toujours du Ki en soit et il faut savoir le renouveler. Quand le Ki s’est totalement échappé du corps, c’est la mort. Quand on est vivant, on prend du Ki sans arrê, essentiellement par la respiration, l’alimentation, l’interdépendance avec les autres … L’énergie cosmique ne varie pas : elle est. Rien d’abstrait dans le KI: c’est la source de l’esprit. Si le Ki est fort, la puissance vitale est forte. La meilleure façon pour l’acquérir reste la respiration, une bonne respiratin concentrée sur l’expiration profonde. L’expiration est la clef du Budo. Et aussi l’art d’utiliser son Ki par la concentration."

Ki

Ibuki Ibuki

Respiration abdominale énergétique externe. Avoir une excellente technique de respiration est essentielle pour un Karate performant. Elle aide le pratiquant à faire circuler l’oxygène. Plus d’oxygène apporte plus d’énergie et de stamina. Le corps sera aussi mieux uni à l’esprit lorsque l’étudiant contrôlera sa respiration. En fait, l’Ibuki est une technique d’inspiration de l’air par le nez avant l’exécution d’un mouvement, suivi d’une forte expiration par la bouche pendant l’exécution.

A. Les bras sont le long du corps, totalement relaxés. Vous êtes immobiles et votre regard est vers l’avant.

B. Puis vous passez en Sanchin Dachi ou Heiko Dachi, et faites un large cercle avec vos bras, très doucement. Pendant ce temps, l’air entre calmement jusqu’à ce que vous atiez inspiré autant que possible.

C. La respiration en mouvement s’arrête quand vos bras sont passés devant votre tête.

D. Lorsque vos bras descendent, l’expiration commence. La respiration normale est propulsée par les poumons. Ici, dans l’Ibuki, elle l’est par l’estomac. Les Japanais appellent cette partie Tanden, qui veut dire l’âme. L’air est extrait par ce point. Au niveau supérieur, le larynx et la partie supérieure de la trachée sont fermés autant que possible. L’air est expulsé par un petit orifice et fait donc un bruit très fort. Vous continuez jusqu’à ce que tout l’air soit expulsé. Vos muscles sont totalement contractés.

E. Quand tout l’air est expulés, la tension est conservée pendant 2 secondes.

F. La dernière partie d’air expulsée sort de la bouche avec un bruit du type “Ka”. C’est à ce moment que votre posture doit être la plus forte.

L’Ibuki est un entraînement pour rassembler beaucoup d’énergie en un très court espace de temps. Il est pratiqué dans plusieurs Katas comme Sanchin, Teisho our Gekisai Sho.

Ibuki

Nogare Nogare  Respiration lente Respiration lente

Le Nogare est une respiration calme, silencieuse, contrôlée.

6. Contrôle de la respiration et de l’esprit par Masutatsu Oyama - La Voie Kyokushin

Qu’est-ce qui rend les techniques de coups de poing et de pied plus fortes que celles de tous les autres systèmes de combat ? D’abord, les techniques sont superlatives en elles-mêmes. Ensuite, les mains et les pieds les armes du karaté sont entraines à être forts et rapides. Les coups de pied et les frappes dirigées contre des cibles faites de bottes de paille sont une ancienne façon de fortifier ces parties du corps. Les boxeurs occidentaux qui s’entrainent sur des coups de poing sur des punching-balls ont des poings plus faibles que les karatékas. En portant de gants de boxe pour augmenter la surface globale de leur poing, ils affaiblissent plutôt leurs mains. Les os des poings, des pieds, des articulations et des doigts doivent être forts dans le karaté, parce que des coups de pied et des frappes négligents sur les bottes de paille peuvent provoquer des blessures. Mais l’entrainement sur les bottes de paille peut retarder la vitesse. Pour cette raison, on doit prendre soin de maintenir un certain niveau de vitesse. Le but est de développer des coups et d’autres techniques assez efficaces pour pouvoir faire casser cinq ou six planches ou plus de dix tuiles avec le poing, broyer des pierres ou arracher la corne d’un taureau. L’entrainement physique est une des explications de la force du karaté, mais une autre explication également importante est l’unification psychologique. Dans tous les arts martiaux orientaux, et dans la plupart des sports pratiques au Japon, on met l’accent sur les aspects mentaux et spirituels, sur la persévérance et sur le dévouement. Certains jeunes d’aujourd’hui affirment qu’ils ne sont pas intéressés par de telles choses et désirent qu’on leur enseigne seulement les techniques. Cette attitude apparaît probablement parce qu’ils considèrent les aspects mentaux et spirituels des arts martiaux comme des abstractions. Autrement dit, ils n’ont jamais fait l’expérience des effets que ces aspects mentaux peuvent avoir sur le corps humain. En plus, il se peut que ces jeunes Japonais regardent l’enseignement des éléments spirituels comme une cause de l’infériorité imaginaire de l’entraînement oriental par rapport aux systèmes d’entraînement occidentaux. La vérité est que dans toutes les régimes orientaux d’entraînement et de développement (artistiques aussi bien que martiaux) la culture spirituelle est le but ultime, qui n’est pas abstrait, mais concerne les vraies relations entre l’esprit et le corps. Les codes de l’entraînement oriental ont développé des systèmes concrets pour l’unification totale de l’esprit et du corps. Ces systèmes sont importants non seulement pour l’art et pour la réussite technique, mais aussi pour la vie de tous les jours et la moralité. Ils consistent en trois méthodes (contrôle de la respiration, fortification de l’abdomen par le contrôle de la respiration et méditation). Ils impliquent certains rites et rituels, mais ceux-ci ne doivent pas être regardés comme de simples cérémonies dénuées de sens.

Depuis le lointain passé, les sages orientaux ont dit que le centre mental de l’être humain est situé dans la région abdominale. Quand le centre de la raison est concentré ici, la personne est dans son meilleur état psychologique. On croit que pour fortifier l’esprit il est essentiel de fortifier l’abdomen. On a un exemple familier, simple, de ce que cela signifie, pratiquement parlant. Quand une personne désire soulever quelque chose de lourd, elle raidit l’abdomen. En mettant de la force dans cette partie de son corps, elle peut exercer une force plus grande. Le mot japonais pour la partie abdominale ou hypogastrique concernée, qui est extrêmement importante pour l’unification mentale et pour la force générale du corps, est tanden. Le tanden est le centre de gravité du corps ; les bras et les jambes bougent autour de lui. Et, dans les conditions idéales, toute la force exercée par le corps revient ici. La force du tanden est la même que la pression musculaire abdominale, physiologiquement gouvernée par la force ou la faiblesse des muscles de la hanche et de la région abdominale. La force du tanden, ou son absence, se manifeste dans le degré de flexibilité de la colonne vertébrale, les forces contractiles et dilatatrices des intestins, la force des muscles abdominaux et la force de contraction du sphincter anal. Autrement dit, plus les muscles, les os, les articulations et les ligaments de la région de la hanche et de l’abdomen sont forts, plus grande est la force de tout le corps. Le tanden n’est pas seulement le centre psychologique de l’être humain. Ses fonctions combinées engendrent la croyance orientale de l’unité du corps et de l’esprit. Par contraste avec les philosophes spiritualistes qui négligent l’importance du corps, la ete physique se manifeste par l’esprit et que l’esprit se manifeste dans la chair. Les deux ne font qu’un.

La philosophie orientale du tanden met l’accent sur le fait que Les systèmes basés sur cette philosophie suppriment les dualités et les contradictions. Les êtres humains qui ont unifié leur corps et leur esprit ne sentent aucune différence entre eux-mêmes et le monde extérieur ou entre l’esprit et la matière physique. En résumé, entraîner l’esprit demande d’entraîner aussi le corps. Malheureusement, trop de philosophes orientaux contemporains étudient et apprennent les doctrines du Tao, du Shakyamuni (le Bouddha historique) et de Bodhidharma (un grand missionnaire et patriarche bouddhiste) sans faire attention à l’entraînement physique que tous ces hommes et philosophies préconisent. Le fait de ne pas prendre en compte les deux aspects de ces philosophies peut être tenu en partie responsable des maux de l’homme moderne. En tant que systèmes d’entraînement, les anciens enseignements orientaux ont atteint leur formulation idéale dans les systèmes d’entraînement au karaté celui au karaté Kyokushin. Le contrôle de la respiration, les méthodes importantes d’unification spirituelle et physique, ont été pendant longtemps enseignés par le Yoga, le Tao, le Zen et les autres sectes bouddhistes. Les différents systèmes ont développé tous les centres dans la respiration abdominale parfaite, dans laquelle le souffle est inspiré profondément, gardé brièvement puis expiré sur une période prolongée. Tous ces systèmes fortifient le tanden. Dans la forme parfaite de cette méthode de respiration, on inspire jusqu’à ce que l’air semble remplir d’abord l’abdomen, puis la poitrine, pour atteindre finalement le niveau de la clavicule. Une légère expiration est faite alors, et l’air restant est repoussé en descendant vers l’abdomen ; le tanden est raidi. Finalement, l’air est expiré très graduellement. Ce type de respiration doit durer aussi longtemps que possible : pour certaines personnes jusqu’à trois minutes pour un seul cycle inspiration expiration. Dans le karaté Kyokushin on utilise une méthode similaire, appelée respiration enshin dans la méditation zen assise et debout. Récemment, la recherche scientifique a spécialement dans la prouvé profonde importance de ce système. Bien que, dans le passé lointain, l’homme, comme les singes, marchait en gardant la colonne vertébrale plus ou moins horizontale, avec le passage du temps il est arrivé à la position verticale et à la marche debout. Ceci a produit une augmentation de volume de la poitrine et a fait que l’homme respire moins abdominalement que les autres animaux. La structure du corps humain est telle que la respiration peut être séparée facilement des autres fonctions. Bien que cette posture ait rendu possible le grand développement du cerveau humain, elle a encouragé aussi des habitudes de respiration contre-nature, car, quand quelqu’un est fatigué, il se penche tout de suite en avant, ce qui réduit de beaucoup l’amplitude de la respiration. Il y a trois à quatre mille ans, le yoga indien conçut son système respiratoire profond, abdominal, pour compenser le défaut structurel que l’homme a hérité en contrepartie de sa capacité à se tenir droit et à marcher debout. En plus, ainsi qu’il a été dit, ce système fortifie le tanden et amène la tranquillité mentale en stimulant les nerfs vagues (pneumogastriques). Entre les séances d’entraînement, le karaté Kyokushin préconise des exercices de respiration ibuki répétées, ce qui constitue une activation de la respiration abdominale profonde, élimine la fatigue et permet à l’individu de procurer une force maximale à tout le corps. Dans la respiration ibuki on reste dans la position heisoku, sanchin ou han-heiko et on Inspire aussi longtemps et aussi profondément que possible. A la fin de l’inspiration, on balance les bras vers le haut, leur faisant décrire des grands cercles des deux côtés du corps et on les croise devant le front. Ensuite, on raidit le tanden, puis fo pieds vers l’intérieur, on garde son souffle, on contracte les aisselles, puis le bout de l’index et du médius. En tournant fortement l’anus et on se concentre pour diriger la force de plus en plus vers l’intérieur, jusqu’à ce que le corps tremble. Alors on avance les bras vers les côtés du corps, pour qu’ils puissent faire des mouvements ondulatoires devant la poitrine. En gardant les coudes pliés, on expire naturellement avec un bruit retentissant. A la fin de l’expiration, on abaisse les mains, on crache en toussant tout l’air resté dans les poumons et on inspire à nouveau. Ce cycle, s’il est répété quatre ou cinq fois, fera revenir la respiration à la normale, même après les séances d’entraînement les plus exténuantes. Faire cet exercice avant la pratique du tameshiwari vous rendra capable de produire le type de force instantanée nécessaire pour casser des planches, des tuiles ou autres matériaux durs. La brusque expiration par la toux du dernier reste de souffle est un entraînement à la concentration instantanée de la force. Une telle force ne doit pas venir des doigts, mais du tanden, le centre du corps. En raidissant d’abord le tanden, puis les aisselles et finalement le bout des doigts, on s’entraîne pour laisser bouger la force du centre vers les extrémités du corps. Une autre méthode de respiration utilisée dans le véritable combat karaté, quand on fait face à un adversaire et qu’on désire éviter son attaque, s’appelle nogare ; il y a des versions externe et interne. Dans la version externe, le souffle est exhalé rapidement. Dans les deux versions l’inspiration est rapide. Comme les méthodes utilisées dans le Zen, le Yoga ou le Tao, tous les types de respiration du karaté concernent l’abdomen. Toutes ces méthodes fortifient le tanden pour le bénéfice de la force et de la vitesse dans les poussées et les coups de pied. Quand le tanden est en bon état, l’esprit et le corps sont unifiés, et autant le corps que la volonté sont forts. Inhalé lentement, tandis que dans la version interne il est exhalé.

La solidarité entre l’esprit et le corps est spécialement importante dans le karaté, car la vitesse et la brusque production de force sont vitales ; par conséquent, la force est essentielle dans le tanden. D’un autre côté, la nature des mouvements de karaté joue un rôle important en fortifiant le tanden. Aujourd’hui, l’entraînement zen se concentre grandement sur la méditation assise, mais l’être humain est un animal actif, pour lequel des longues périodes en position assise sont contre-nature. Le karaté est le Zen actif, vivant. Les anciens guerriers japonais trouvaient dans le bouddhisme zen, importé de la Chine au douzième siècle, une religion qui leur enseignait la confiance dans leurs propres forces et leur apportait quelque chose d’absolu, les rendant capables de manifester un grand courage et de faire face à la mort sans regrets. Selon moi, l’entraînement de la façon martiale est un raccourci vers l’ultime état zen de l’illumination. Dans leur état originel, la plupart des religions incluent un certain nombre de restrictions ou de régimes pour entraîner l’esprit et le corps. Shakyamuni, le Bouddha historique, a rejeté les pratiques extrêmes et ascétiques. Il s’y est soumis lui-même pendant six ans et a appris qu’elles ne mènent pas à l’illumination finale. Mais, après avoir atteint cette illumination par la méditation profonde, il a continué à entraîner son corps en voyageant beaucoup, au loin. Il n’a pas tant rejeté l’entraînement mental et physique, que les pratiques ascétiques excessivement sévères qui essayent d’aller au-delà des forces humaines. Jésus Christ a jeûné pendant quarante jours et quarante nuits dans le désert et Mohammed a reçu l’illumination après une épreuve ascétique rigoureuse. Le problème est que, dans le processus de développement historique, les régimes d’entraînement n’ont pas subsisté. La seule chose qui nous reste, ce sont des descriptions écrites. Les gens se mettent à étudier et à apprécier ces descriptions et négligent le véritable entraînement. Bodhidharma a inclus dans les enseignements qu’il a apportés d’Inde en Chine quelque chose de très semblable à l’entraînement au karaté. Le fameux système de lutte Shaolin-ssu est basé sur des écrits attribués à Bodhidharma, et les positions utilisées dans ces exercices depuis longtemps sont incarnées par les statues des dix-huit arhats liés à Shaolin-Ssu. On dit que Bodhidharma a passé neuf ans à pratiquer la méditation assise. C’est une façon contre-nature et malsaine de vivre. Il est cependant très significatif qu’en plus de la méditation assise il enseignait un régime d’entraînement actif. Il semble certain qu’il a préconisé des techniques de lutte sans armes, pour l’auto-protection et l’exercice. Il ne serait pas convenable pour un religieux d’utiliser quelque arme que ce soit, mais la protection, l’exercice et le travail sont essentiels pour le bien-être. Toutefois, avec le passage du temps, le Zen chinois s’est éloigné de l’entraînement au combat sans armes pour s’appuyer uniquement sur la méditation assise ou sur les dialogues faisant appel à ce qui est appelé le Koan, le système de contrôle de la respiration de la méditation zen, très précieux pour le développement de la concentration mentale. Incidemment, de longues périodes de lecture assise des sûtras à haute voix agissent comme des exercices de contrôle de la respiration. Nous utilisons quelque chose de semblable à bon escient dans les salles d’entraînement. Avant chaque séance d’entraînement, chacun prend la position utilisée dans la méditation zen assise et récite les préceptes de la salle d’entraînement.

Comme nous l’avons vu, le karaté comprend plusieurs éléments d’entraînement spirituel et physique venant d’autres religions et philosophies. Le confucianisme seul n’offre rien dans cette union. Bien qu’il énumère le tir à l’arc parmi les six arts, il n’enseigne pas de système défini pour la culture physique. Les guerriers de la voie martiale japonaise ont adopté les systèmes de culture physique et spirituelle du bouddhisme zen, mais ils ont tourné leur regard vers le confucianisme pour les indications en matière de courtoisie et de fidélité à leurs suzerains. Autrement dit, dans la pratique religieuse, l’entraînement physique et les postures de lutte, le Zen était leur guide, mais ils suivaient les préceptes de Confucius dans les relations sociales. Je pense que c’est correct. Si le confucianisme est pris en défaut par le manque de techniques d’entraînement physique, le Zen a tort aujourd’hui, parce qu’il préconise une vie de réclusion dans des temples isolés. Nous devons utiliser le Zen pour l’entraînement, sans nous retirer de la société et nous devons suivre Confucius pour nous aider à vivre en société de la meilleure façon possible. Quand la raison est fermement installée dans l’abdomen à la suite du contrôle de la respiration et de la fortification du tanden, on profite de sa force pour porter des jugements fins et précis. Beaucoup de discussions sont consacrées à la capacité mentale, mais très peu de choses peuvent être comprises avec la raison seule. Il est vrai que la science à systématisé une grande quantité de savoir, mais elle ne peut toujours pas expliquer l’univers, définir la nature de la vie, ou dire à quelqu’un comment il doit vivre. Ce sont des choses qui ne peuvent pas être déterminées seulement avec les pouvoirs du mental humain. La science occidentale est encore incapable de dire avec certitude si l’esprit et la chair sont pareils ou différents ou, s’ils sont différents, quel est celui qui a la préséance. La plupart des philosophies orientales adoptent le point de vue selon lequel l’esprit et le corps sont un, et l’éducation des deux doit être faite simultanément. C’est la signification du contrôle de la respiration, de la fortification du tanden, de la concentration de la conscience dans le tanden. Quand ces choses sont faites, on peut accepter toutes les choses pour ce qu’elles sont ; les dualités et les contradictions cessent d’exister. Aboutir à cet état physique et mental est une partie du but du karaté.

Contrôle de la respiration et de l’esprit par Masutatsu Oyama - La Voie Kyokushin

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