Maîtres d'Okinawa
Dans ce guide
- Vidéos sur les grands maîtres de Karaté d’Okinawa
- Sokon Matsumura, le père du Shuri-te
- Ankō Itosu, le pédagogue des Pinan
- Ankō Asato, l’autre maître de Funakoshi
- Chotoku Kyan, la fragilité au service de la technique
- Choki Motobu, le combattant réel
- Kenwa Mabuni, fondateur du Shito-Ryu
- Kanryo Higaonna, le fondateur du Naha-Te
- Shuguro Nakazato et Shinpo Matayoshi, les maîtres de Kenyu Chinen
1. Vidéos sur les grands maîtres de Karaté d’Okinawa
Mythique île, berceau du Karate, le Karate d’Okinawa reste très spécifique et bien différent de nombreux styles du Karate moderne du Nord. Parmi les figures marquantes de cette transmission, on peut citer Maître Kenyu Chinen, fondateur de l’école Oshukai et Hanshi 10e Dan de Karaté Shorin-Ryu.
2. Sokon Matsumura, le père du Shuri-te
Né en 1809 à Shuri et mort en 1899 à environ 90 ans, Sokon Matsumura est la figure fondatrice dont descendent la quasi-totalité des styles modernes issus du Shuri-te — Shorin-Ryu, Shotokan et Shito-Ryu compris. Formé pendant cinq ans auprès de Sakukawa Kanga, il est aussi envoyé en mission par le gouvernement royal à Fuzhou puis dans le fief de Satsuma, où il étudie le Chuan Fa chinois et diverses techniques martiales qu’il rapporte ensuite à Okinawa.
En 1836, il entre au service de la famille royale Sho avec le titre de Chikudun Pechin et devient instructeur martial et garde du corps personnel des rois Sho Ko, puis Sho Iku et Sho Tai. Le roi lui décerne le titre de « Bushi » (guerrier), en reconnaissance de son excellence martiale.
Matsumura transmet plusieurs kata fondateurs — Naihanchi, Passai, Seisan, Chinto, Gojushiho, Kusanku — et introduit dans les arts martiaux ryukyuans des principes de sabre issus du Jigen-Ryu. Parmi ses élèves directs figurent Anko Asato, Anko Itosu, Choyu Motobu, Choki Motobu, Kentsu Yabu, Chomo Hanashiro et Chotoku Kyan — c’est dire l’ampleur de son héritage : la quasi-totalité des grands maîtres qui façonneront le Karaté du XXe siècle sont, directement ou indirectement, ses héritiers.
3. Ankō Itosu, le pédagogue des Pinan
Elève d’Anko Asato et de Sokon Matsumura, Ankō Itosu (1831-1915) est la charnière entre le Karaté ancien, réservé à une élite guerrière, et le Karaté moderne enseigné en milieu scolaire. Vers 1901-1907, il simplifie des kata plus anciens et complexes pour créer la série des Pinan (devenue Heian en Shotokan), pensée pour l’enseignement collectif aux enfants. C’est aussi lui qui rédige en 1908 les « Dix préceptes du Karaté », plaidant pour l’introduction de la discipline dans les écoles publiques d’Okinawa.
Itosu a formé la quasi-totalité des grands noms qui donneront naissance aux écoles modernes : Gichin Funakoshi (Shotokan), Kenwa Mabuni (Shito-Ryu), Choki Motobu, Kentsu Yabu et Chomo Hanashiro comptent parmi ses élèves directs.
Voir le dossier complet Heian ou Pinan ? Histoire et versions actuelles des Katas de base pour le détail de son œuvre et de sa postérité.
4. Ankō Asato, l’autre maître de Funakoshi
Né en 1827, mort en 1906, Ankō Asato appartient à la classe héréditaire des Tunchi, chefs de village positionnés entre Shuri et Naha. Formé comme Itosu auprès de Sokon Matsumura, il maîtrise également l’escrime Jigen-Ryu, l’équitation et le tir à l’arc, et jouit d’une réputation de lettré accompli.
Avec Itosu, il forme le duo de maîtres qui façonne la pratique du jeune Gichin Funakoshi, qu’il rencontre par l’intermédiaire de son propre fils. Funakoshi le décrira comme l’un des plus grands experts de Karaté de son temps. Les récits historiques évoquent Asato et Itosu venant ensemble à bout de vingt à trente assaillants, et se livrant à des concours amicaux de bras de fer — illustration de la complicité entre les deux maîtres. Son héritage tient avant tout dans la formation qu’il a donnée à Funakoshi, futur fondateur du Shotokan.

5. Chotoku Kyan, la fragilité au service de la technique
Né en décembre 1870 à Shuri, troisième fils d’un intendant du roi de Ryukyu, Chotoku Kyan grandit avec une santé fragile — petite taille, asthme, mauvaise vue, qui lui valent le surnom de « Chan Migwa » (Chan le bigleux). Cette fragilité physique ne l’empêche pas de devenir l’un des maîtres les plus influents de sa génération.
Il se forme d’abord auprès de Sokon Matsumura, puis auprès des spécialistes du Tomari-Te Kosaku Matsumora et Kokan Oyadomari, ainsi que Yomitan Yara, Maeda Pechin et Tokumine Pechin. Dès trente ans, il maîtrise à la fois le Shuri-Te et le Tomari-Te. Il participe en 1936 à la réunion historique des maîtres d’Okinawa au cours de laquelle le terme « Karaté » est officiellement standardisé.
Ses deux élèves les plus fidèles, Tatsuo Shimabuku et Zenryo Shimabukuro, s’entraînent chacun plus de dix ans à ses côtés ; il forme également Joen Nakazato, Ankichi Arakaki, Shoshin Nagamine et Tsuyoshi Chitose. Sa lignée technique irriguera largement le Shorin-Ryu moderne et ses écoles dérivées. Il meurt en septembre 1945, à 74 ans, des suites d’épuisement et de malnutrition après avoir survécu à la bataille d’Okinawa.
6. Choki Motobu, le combattant réel
Né en 1870 dans une branche cadette de la famille royale de Shuri, Choki Motobu se forme pendant sept à huit ans auprès d’Ankō Itosu, qui lui enseigne notamment Naihanchi et le kata aujourd’hui disparu Channan — une piste souvent citée dans le débat sur l’origine des Pinan. Il étudie également en secret auprès de Sokon Matsumura pour perfectionner son Kumite, puis auprès de Kosaku Matsumora.
Surnommé « le singe » pour son agilité, Motobu se forge une réputation de meilleur combattant pratique d’Okinawa. En novembre 1922, à 52 ans, il devient célèbre dans tout le Japon en battant un boxeur occidental (probablement l’Estonien Jaan Kentel) lors d’un combat très médiatisé à Osaka — un épisode qui popularise le Karaté bien au-delà d’Okinawa.
Attaché à la pratique du combat réel plutôt qu’à la systématisation des kata, il s’oppose souvent à Gichin Funakoshi sur la manière d’enseigner le Karaté. Il considère Naihanchi comme la base de tout : « la position des jambes et des hanches dans Naihanchi est la base du Karaté ». Il fonde le Motobu-Ryu et ouvre des dojos à Osaka (1923) puis à Tokyo (1927). Parmi ses élèves figurent Hironori Otsuka (futur fondateur du Wado-Ryu), Tatsuo Shimabuku (Isshin-Ryu) et Shoshin Nagamine (Matsubayashi-Ryu). Voir le dossier Heian ou Pinan ? Histoire et versions actuelles des Katas de base pour le débat sur le kata Channan.

7. Kenwa Mabuni, fondateur du Shito-Ryu
Né le 14 novembre 1889 à Shuri et mort le 23 mai 1952 à Tokyo, Kenwa Mabuni se présente comme descendant à la 17e génération du guerrier Uni Ufugusuku Kenyu. Il commence le Karaté à 13 ans auprès d’Ankō Itosu, dont il assimile le Shuri-Te, technique puissante et linéaire. Son ami Chojun Miyagi le présente ensuite à Kanryo Higaonna, qui lui enseigne le Naha-Te, aux mouvements circulaires et au combat plus rapproché — cette double formation façonnera toute son œuvre.
Installé à Osaka à partir de 1929, il nomme d’abord son école Hanko-Ryu (« école mi-dure ») avant de la rebaptiser Shito-Ryu vers 1931 : « Shi » pour Itosu et « To » pour Higaonna, les deux maîtres à l’origine de sa formation. Le style est officiellement enregistré auprès du Butoku Kai en 1939, et son programme de kata est délibérément construit pour montrer les deux lignées, Shuri-Te et Naha-Te.
Parmi ses élèves figurent Hironori Otsuka (avant de fonder le Wado-Ryu) et Yasuhiro Konishi. Ses fils Kenei et Kenzo lui succèdent à la tête de l’école. Voir tous les Katas Shotokan et le dossier Heian ou Pinan pour la lignée commune avec Itosu.

8. Kanryo Higaonna, le fondateur du Naha-Te
Né en 1853 et mort en 1915, Kanryo Higaonna se rend à Fuzhou, en Chine, dans les années 1870 pour y étudier le Kung-Fu de la Grue Blanche du Fujian auprès du maître Ryu Ryu Ko. A son retour à Okinawa dans les années 1880, il développe et enseigne le Naha-Te, un style intégrant à la fois des techniques dures et souples.
Son élève le plus célèbre, Chojun Miyagi, fondera plus tard le Goju-Ryu — assurant à Higaonna une influence durable sur l’ensemble du Karaté moderne. Voir le portrait complet dans le dossier Maîtres Goju Ryu.

9. Shuguro Nakazato et Shinpo Matayoshi, les maîtres de Kenyu Chinen
Shuguro Nakazato (1920-2016) se forme auprès de Choshin Chibana et se distingue comme « artiste du coup unique » pour la pureté de son combat. Il participe à la fondation du Dai Ichi Dojo en 1951, ouvre son propre dojo en 1955, et développe la lignée Shorinkan aux Etats-Unis, formant notamment Tadashi Yamashita. En 2007, le Japon lui décerne l’Ordre du Soleil Levant pour l’ensemble de son œuvre.
Shinpo Matayoshi (1921-1997) reprend l’héritage martial de son père Shinko Matayoshi et fonde le dojo Kodokan dans les années 1970. Il crée en 1972 la Zen Okinawan Kobudo Renmei pour structurer l’enseignement des armes traditionnelles d’Okinawa — bâton, sai, tonfa, nunchaku et bien d’autres. Le Matayoshi Kobudo compte aujourd’hui environ 2000 dojos dans le monde.
Ces deux maîtres sont respectivement les professeurs de Shorin-Ryu et de Kobudo de Kenyu Chinen, fondateur de l’école Oshukai, qui perpétuera et transmettra leur enseignement en Europe.
Définitions associées : Fukyu Kata Ichi | Fukyu Kata Ni | Hokama Testuhiro |